Portée par le programme « La Vuelta es más », la Vuelta entend dépasser la simple compétition cycliste pour promouvoir la paix, la solidarité, l’éducation et la mobilité durable. Avec Peace and Sport, l’édition 2026 veut affirmer plus que jamais le rôle du sport comme moteur de transformation sociale.
Interview du directeur du Tour d’Espagne.
La solidarité et l’inclusion sont deux valeurs communes à Peace and Sport et à la Vuelta. Comment se traduisent-elles concrètement dans l’organisation de la course et dans les actions que vous soutenez ?
La solidarité n’est pas une valeur propre à la Vuelta : c’est une valeur du cyclisme, une valeur sportive et universelle. Sans entraide entre les équipes et les athlètes, la compétition ne pourrait pas avoir lieu. La Vuelta doit promouvoir les valeurs du sport. C’est dans cet esprit qu’est né le concept « La Vuelta es más », conçu pour amplifier la portée de ces valeurs. L’ambition de ce programme est que la Vuelta ne soit pas seulement une compétition cycliste, mais également une grande plateforme de communication et d’action : un espace pour porter des messages forts et mener des initiatives capables de produire un impact réel et concret dans la société.
Le programme « La Vuelta es más » est l’un des piliers de votre stratégie d’impact. Que représente-t-il exactement ?
« La Vuelta es más » est bien plus qu’un slogan. C’est l’expression d’une responsabilité qui incombe à tout grand événement sportif international qui, comme la Vuelta, touche 190 pays et bénéficie d’une audience exceptionnelle. Il s’agit de mobiliser notre puissance de communication afin de mener des actions solidaires et, plus largement, des initiatives visant à transformer positivement la société. L’un des piliers est la durabilité. Le vélo représente la mobilité douce et, grâce à une initiative que nous appelons « Más es menos », nous encourageons les politiques visant à réduire l’empreinte carbone. Nous essayons de montrer l’exemple sur la Vuelta en utilisant de plus en plus de voitures électriques. Nous disposons également d’une importante flotte de véhicules hybrides. Nous travaillons aussi beaucoup sur l’optimisation des déplacements de notre personnel : plutôt qu’une personne par voiture, nous favorisons le covoiturage afin de réduire le nombre de véhicules. Par ailleurs, nous accordons une attention particulière à la réduction de l’utilisation du plastique. La Vuelta s’est fixée pour objectif d’en limiter l’usage au strict minimum, voire de le supprimer autant que possible dans le cadre de la course. Ainsi, nous ne distribuons plus de bouteilles d’eau : des fontaines sont installées afin que chacun puisse se servir librement, sans recourir à des bouteilles ou à des gobelets jetables tout au long de la journée.
Nous essayons également d’agir de manière solidaire, en collectant des fonds qui sont ensuite utilisés pour mener des actions compensatoires liées à la question de l’empreinte carbone.
Le thème de la solidarité est très important. Comment cela se traduit-il concrètement ?
Nous avons effectivement un pilier consacré à la solidarité. Nous travaillons notamment avec la fondation « El Sueño de Vicky », qui collecte des fonds pour la recherche sur le cancer infantile. Chaque année, nous essayons également de tisser de nouveaux partenariats. C’est notamment le cas avec Peace and Sport, car nous partageons les mêmes valeurs.
L’éducation est l’un des axes du programme « La Vuelta es más ». Comment se concrétise-t-elle, notamment à travers l’initiative Vuelta Junior ?
L’éducation dès l’enfance est en effet un pilier essentiel. Nous avons mis en place la Vuelta Junior, une initiative destinée aux plus jeunes. L’objectif n’est pas tant de créer une compétition que de donner envie à la jeune génération de faire du vélo et de découvrir cet univers. Autour de cette initiative, nous transmettons également des messages sur la durabilité, la mobilité, la nutrition, la santé et, plus largement, sur la pratique sportive. Ainsi, en collaboration avec des écoles, plusieurs groupes de jeunes parcourent le dernier kilomètre du parcours de certaines étapes, avec toute l’infrastructure d’une arrivée professionnelle : vélos, casques, voiture du directeur de course, dispositif de sécurité. Ils peuvent ainsi vivre, eux aussi, la magie de la Vuelta telle qu’ils la voient à la télévision avec les coureurs professionnels.
Quel type d’héritage aimeriez-vous renforcer avec le programme « La Vuelta es Más » ?
Personnellement, j’aimerais que le vélo fasse pleinement partie de l’ADN des Espagnols, et plus largement de tous les Européens. Les villes connaissent aujourd’hui une transformation constante et nous avons, bien sûr, un rôle important à jouer en faveur de la protection de l’environnement. Je pense que le vélo constitue une alternative crédible aux véhicules thermiques. Mais le vélo ne sert pas uniquement à réduire la pollution : il nous permet aussi de faire du sport, nous rend plus heureux et contribue à des sociétés plus inclusives. En définitive, si nous faisons du vélo un véritable mode de vie, nos vies n’en seront que plus heureuses.
Quelle est la situation en Espagne ? Les Espagnols font-ils davantage de vélo chaque année ?
En Espagne, la pratique du vélo est en forte augmentation. Les vélos sont de plus en plus présents dans les villes et les responsables politiques sont de plus en plus sensibilisés et déterminés à rendre nos espaces urbains accessibles aux cyclistes. Nous aimerions que cette évolution aille encore plus vite. Cela dit, de nombreuses villes s’engagent déjà en faveur de la mobilité à vélo, ce qui est très positif. Mais pour accélérer cette transition, il est essentiel d’investir davantage dans des infrastructures adaptées et dans des politiques publiques ambitieuses. Je sais que cela coûte cher, mais il est très important que toutes les villes se sentent concernées. Ce n’est pas toujours facile, car la topographie des villes n’est pas toujours plate, comme c’est le cas en Belgique ou aux Pays-Bas. Le vélo électrique est un bon allié pour surmonter ces difficultés.
Après les perturbations de l’année dernière, est-il essentiel pour vous de mettre en avant l’universalité du cyclisme ?
Je pense que le sport en général, et le cyclisme en particulier, ont quelque chose de magique. Le sport est un langage universel. Le cyclisme est compris de la même manière partout dans le monde, tout comme le football, le rugby ou le basket. Nous devons utiliser ce langage universel pour avancer dans la même direction. Le cyclisme doit servir à bâtir des ponts là où il existe des conflits. C’est très important car, en tant que sport et grâce aux sportifs, qui sont nos meilleurs ambassadeurs, nous sommes capables de faire évoluer les consciences. Lorsque les consciences évoluent, les attitudes changent, et lorsque les attitudes changent, les sociétés se transforment. Nous devons donc toujours être un vecteur de paix, jamais un facteur de division. Chaque fois que nous agissons, nous devons chercher à favoriser la compréhension et l’engagement de tous.
Grâce au partenariat avec Peace and Sport, qu’est-ce qui est prévu pour le départ de La Vuelta 2026 à Monaco ?
Ce qui est certain, c’est que nous traversons actuellement une période très difficile. Le monde est confronté à de nouveaux conflits. J’espère sincèrement que, lorsque la Vuelta arrivera, des conflits auront pris fin. Avec Peace and Sport, nous devons être les porte-parole de la paix, spécialement à travers l’organisation de la parade « Roulons pour la paix ». Nous devons rappeler au monde que la guerre n’est pas une solution. Elle est mauvaise pour tout le monde, c’est pourquoi nous devons nous mobiliser pour la paix. Plus que jamais, ce sera notre objectif lors du départ de Monaco. Nous avons besoin de paix.
Pourquoi est-il important d’organiser une action comme celle-ci pour La Vuelta ?
La Vuelta s’élancera de Monaco, où se trouve le siège de Peace and Sport, l’Organisation pour la Paix par le Sport. Au-delà des nombreuses vies humaines qu’il faut protéger, c’est aussi notre avenir qui est en jeu.La Vuelta doit aussi servir à cela : contribuer à la recherche de solutions fondées sur la paix plutôt que sur la guerre.
À plus long terme, comment imaginez-vous la Vuelta dans cinq ans ?
J’aimerais que la Vuelta soit associée à ce grand sport qu’est le cyclisme, mais qu’elle ne soit pas perçue uniquement sous l’angle sportif. Je souhaite que l’on parle de « La Vuelta es más » comme d’un programme solide et que chacun sache que la Vuelta est bien plus qu’une simple compétition.Le cyclisme a l’avantage d’être un sport populaire. Les courses se déroulent dans la rue, au plus proche des gens. C’est le meilleur moyen de les atteindre directement et de véhiculer les valeurs du cyclisme. Les spectateurs ne paient pas de billet d’entrée et nous pouvons aller à leur rencontre, dans leurs quartiers. Il faut en profiter.
